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Une neutralité mieux définie

Maël Rochat
La Nation n° 2313 4 septembre 2026

La neutralité est avant tout un outil qui a démontré à travers l’histoire son utilité. Bien entendu, elle est le fruit d’une construction politique pluriséculaire. Elle n’est pas apparue du ciel, telle une évidence ou comme un commandement divin. Sa définition, ou plutôt son application, a également changé à travers les âges.

Aujourd’hui deux visions s’affrontent: celle d’une neutralité pleine considérant les sanctions économiques comme part indissociable de la guerre hybride moderne, et de l’autre les partisans d’une définition minimaliste comprenant la neutralité comme la non-intervention militaire dans les conflits armés. Les partisans du «non» à l’initiative l’accuseront de poutinisme, et d’être une entourloupe afin de commercer avec des régimes douteux. Les guerres en Ukraine et au Proche-Orient nous attristent en tant que croyant et en tant qu’humain. Toutefois, nous devons sortir le débat d’une vision à court terme et sentimentale. Rappelons que l’initiative vise à modifier la Constitution et non le traitement diplomatique d’un conflit particulier. De plus à travers l’histoire, les vents favorables de la fortune changent très régulièrement. Le camp de l’Ouest1, de l’OTAN, des démocraties éclairées, de la guerre d’Irak, de l’exécution sommaire de Kadhafi, pourrait non sans difficultés tomber en disgrâce face à l’émergence d’un nouvel ordre géopolitique mondial favorisé par la montée des BRICS. Ne nous précipitons donc pas pour commander notre carte de membre. D’ailleurs, qu’espèrent au juste les détracteurs de l’initiative? Que la participation aux sanctions économiques résolve le conflit, que les tranchées se rebouchent, que les bombes cessent de pleuvoir grâce à l’intervention nécessaire et justifiée de la Suisse? Ou désirent-ils simplement s’attirer les bonnes grâces d’une puissance étrangère?

Intéressons-nous désormais plus précisément au texte proposé. Le premier point qu’ajouterait l’initiative à la Constitution fédérale a une portée symbolique. «La Suisse est neutre. Sa neutralité est perpétuelle et armée.» Les deux articles suivants, quant à eux, définissent bien plus clairement les modalités d’action de notre neutralité. En effet, nous la retrouvons déjà dans la Constitution comme un bien politique que l’Assemblée fédérale (art. 173 al.1a) et le Conseil fédéral (art. 185 al.1) se doivent de «préserver». Mais sans définition claire, l’application de celle-ci peut sembler très évasive aux dirigeants faibles sur leurs appuis et prêts à plier à n’importe quel vent. Sans définition, n’importe quel politicien ou démagogue peut se réclamer d’une neutralité folklorique. C’est là que les deux alinéas suivants font mouche. Ils définissent concrètement deux lignes rouges, le premier faisant également écho à la préservation de l’indépendance mentionnée dans les deux articles cités plus haut, exclut l’entrée de la Confédération dans une alliance militaire, hormis sous la menace d’une attaque imminente. Le deuxième, quant à lui, prohibe la participation aux sanctions contre les pays belligérants. Encore une fois, une exception demeure: celle des sanctions décidées par l’ONU. Nous comprenons donc que cette initiative ne vise pas à isoler la Suisse politiquement du reste du monde, mais bel et bien à l’isoler de la logique dangereuse et, pour tout dire, belliqueuse des grands blocs. Pour finir, le dernier alinéa dépasse le symbole et confirme la volonté de la Suisse de demeurer une place d’échange et de discussion.

Malheureusement, beaucoup d’opposants tombent dans un sophisme simpliste. Avant même d’examiner la nature du changement proposé, ils s’empressent de condamner le seul et unique parti qui le soutient ainsi que le principal donateur de la campagne, M. Blocher. Cette culpabilité par association n’est malheureusement pas nouvelle: nous l’avions déjà constatée lors de la votation sur la Suisse à 10 millions. A la place de proposer des arguments construits, on se limite à une querelle de partis.

Notes:

1   Pour être exact: de l’Occident ayant perdu le nord.

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