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D'un attentisme à l'autre…

Quentin Monnerat
La Nation n° 2312 21 août 2026

Les objets fédéraux soumis au vote du 27 septembre sont deux tentatives visant à assurer plus de sécurité à la Suisse dans une inquiétante période d’instabilité; l’initiative sur la neutralité vise à empêcher la Confédération de se compromettre avec des puissances belliqueuses; l’initiative sur l’alimentation demande qu’elle soit capable d’assumer ses responsabilités en cas de crise. Cette seconde initiative intitulée «Pour une alimentation sûre – grâce au renforcement de la production indigène durable, à davantage de denrées alimentaires végétales et à une eau potable propre» vise une production agricole «saine» (comprenez sans pollution de l’environnement) mais aussi un renforcement de la sécurité alimentaire en augmentant la part indigène dans nos assiettes.

Elle souhaite que la Suisse atteigne un taux d’autosuffisance alimentaire de 70% (moins de 45% actuellement) dans les dix ans, et qu’elle veille à mieux préserver ses réserves d’eau potable. Cette initiative est rejetée à l’unanimité par le Parlement et par le Conseil fédéral, qui estiment le délai trop court pour les objectifs qu’elle fixe. Les atteindre nécessiterait une intervention lourde de l’État dans le milieu de la production agricole, mais aussi dans celui de la transformation des aliments. La restriction de liberté subie par les agriculteurs serait disproportionnée. De plus, le réinvestissement des capitaux dans de nouveaux secteurs entraînerait des pertes, certaines infrastructures devenant obsolètes avant d’avoir pu couvrir leur coût.

Mais bien que l’initiative ne soit pas applicable sans lourds dommages, elle met le doigt sur la vulnérabilité de la Suisse au niveau alimentaire, ainsi que sur l’attentisme de nos élus. Les délais sont trop courts pour mettre en place les mesures nécessaires? Cela rappelle étrangement la situation de notre armée: elle a aujourd’hui besoin d’un délai déraisonnable pour être prête en cas de conflit. Et visiblement il est aussi trop tard aujourd’hui pour espérer une sécurité dans l’approvisionnement alimentaire. Cette irresponsabilité serait durement jugée si la Suisse devait subir une crise majeure dans la prochaine décennie. On peut suivre l’appel du Parlement et du Conseil fédéral au rejet de l’initiative aujourd’hui, mais on peut leur reprocher de n’avoir pas tenu compte suffisamment tôt de la nécessité de renforcer notre autosuffisance alimentaire.

Maintenant que le constat de cet échec est posé, le Conseil fédéral y répond en présentant son rapport sur l’«Orientation future de la politique agricole», qui propose un objectif largement insuffisant pour répondre aux risques de crise encourus. Il fixe l’objectif d’atteindre 50% d’autosuffisance d’ici à 2050, un taux qui nous ramènerait à peine à la situation de 2015.

Si l’initiative va exagérément loin, le plan de politique agricole du Conseil fédéral est exagérément mou. C’est un petit «non» que nous déposerons dans les urnes le 27 septembre.

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